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Ce que j’ai appris en côtoyant un enfant handicapé

Pendant une année scolaire, j’ai gardé Alfred et son petit frère après l’école. Alfred
est un petit garçon de 9 ans, très curieux, très vif, alerte, parfois un peu capricieux,
se laissant déborder par ses émotions. Un enfant lambda.
 
A la différence que Alfred est porteur d’handicap. Ce handicap lui a fait prendre un
certain retard en comparaison à d’autres enfants de son âge. Il n’a pas continué le
cursus scolaire traditionnel et n’a pas appris à lire, écrire ou compter. Il a des
difficultés pour effectuer certains mouvements qui demandent une motricité plus
fine, comme tourner le poignet ou ouvrir un paquet de gâteaux. Cela se ressent dans
sa démarche : un de ses pieds traîne plus longtemps sur le trottoir avant de se lancer
en avant pour conclure un pas. Mais le plus handicapant pour Alfred, c’est sa
difficulté à s’exprimer. Les mots sortent de sa bouche en syllabes, en onomatopées.
Les pompiers deviennent « Pa-pon », Pourquoi est dit « ouwa », Oui et Non restent
tel quels, souvent clamé avec force. Beaucoup de mots ne peuvent pas être dits, et
Alfred s’enferme parfois dans un mutisme, désespérant de voir les adultes le
comprendre.
 
Pour commencer cet article, je voulais vous présenter Alfred avec son diagnostic. Il
se trouve que je ne le connais pas et que j’ai décidé de ne pas le connaître. Dès le
départ, j’ai fait le choix de rencontrer Alfred, non pas comme un handicapé, mais
comme le petit bout d’homme en devenir qu’il est, avec ses émotions, ses désirs,
ses difficultés.
 
Grand bien m’en a fait car cela m’a permis de toujours m’adresser à Alfred et de
créer une relation de lui à moi, de sujet à sujet. On me l’avait décrit comme un
garçon difficile, qui mordait ou frappait pour montrer son mécontentement. Cela ne
s’est jamais produit avec moi. Dès le début, j’ai développé un autre type de
communication, une autre écoute pour entrer en contact avec lui. Au-delà des mots,
j’ai appris à déchiffrer un cri, un mouvement, un silence. Lorsqu’il était content,
Alfred bougeait sa tête dans tous les sens en se touchant la bouche de ses doigts et
en jetant des petits cris. En colère, il se mettait à frapper du pied en hurlant « Non,
non » ou en pleurant, s’immobilisant au milieu de la rue.

Réagissant fortement à ses émotions, mais ne possédant pas la parole pour les
exprimer, c’est son corps qui me parlait. A moi d’apprendre à décoder, avec toute
ma sensibilité.
 
Ne pas le réduire à une maladie m’a permis de toujours vouloir comprendre ce qu’il
se passait pour lui. « Qu’est-ce qu’il se passe pour toi là, Alfred ? Est-ce que je
comprends bien ce que tu veux me dire ? Tu es en colère, c’est ça ? Non ? Tu es
déçu ? Tu veux bien essayer de m’expliquer ce qui t’as déçu ? Ah tu as eu un peu
peur tout à l’heure lorsque j’ai haussé le ton, c’est ça ? »

Un jeu de devinettes où je dois faire attention de ne pas projeter mes propres
émotions. Ce n’était pas toujours facile, je n’ai probablement pas toujours compris
ce qu’il voulait me dire et j’ai bien vu comment il baissait parfois les bras devant
tant d’ignorance de ma part, s’enfermant dans un silence ou détournant la
conversation en me demandant de lui expliquer l’utilité d’un camion-poubelle qui
passait par là. Alors je lui racontais à quoi servait une bouche d’égout, une échelle.
Avez-vous déjà essayé d’expliquer ce qu’est une échelle ? Quel effort de créativité,
de synthèse ce garçon m’a demandé ! Tout dans la rue devenait un objet curieux, à
aller explorer et à comprendre. Alfred me demandait de poser des mots sur les
choses banales autour de nous. Aujourd’hui je me rends compte qu’Alfred me
demandait peut-être quel était le sens du monde autour de nous.

En le laissant libre de me poser toutes les questions, en le considérant comme un
petit garçon avec des besoins et des désirs, j’espère avoir permis à Alfred de se voir
lui aussi comme cela. « Je ne suis pas ma maladie, je ne suis pas mon histoire. »
Pour le mobiliser, j’ai inventé des jeux. Des courses, des cache-cache. Puis c’est lui
qui les inventait. Sans peur du jugement, nous jouions aux pompiers et aux
ambulanciers dans le métro. Devant le regard des autres usagers, nous sauvions des
chats coincés dans des arbres imaginaires, éteignions le feu invisible à l’autre bout
du wagon ou transportions à bout de bras des blessés sur des brancards fictifs.
Alfred m’a appris à utiliser l’espace autour de nous comme un terrain de jeu, sans
préoccupation du regard de l’autre. Après tout, lui et moi nous amusions bien plus
que tous les autres passagers à la mine triste ou agacée. Et notre enthousiasme
devenait contagieux : certains parisiens pressés esquissaient finalement des sourires
ou essayaient de prendre part à notre jeu.

Alfred captait tout. Il captait ce que moi-même je n’avais pas encore vu. Si
j’arrivais avec une émotion ou de mauvaise humeur, tout de suite il s’assombrissait
et se mettait en colère, refusant de me suivre, s’asseyant sur le bitume froid de
Paris. Alors je m’agenouillais et lui expliquais : « Je crois que tu sens que je suis
triste aujourd’hui. Cela n’a rien à voir avec toi, il s’est passé quelque chose qui m’a
rendu triste, mais ce n’est pas de ta faute. » Alors il se levait, reprenait sa route et
ses questions sur les objets rencontrés. Il avait entendu.

J’étais impressionnée de son intelligence émotionnelle, de son empathie,
qui cependant l’handicapait. Avec 
son extrême sensibilité, il ne semblait pas
savoir faire la différence entre mon 
émotion et la sienne.
Voyez comme c’est complexe : tout est senti, sans distinction 
entre ce qui lui
appartiens et ce qui appartient à l’autre, et sans réussir à verbaliser 
la multitude
de ces émotions vécues.

En tant que future psychothérapeute, Alfred m’aura beaucoup appris : développer
une écoute au-delà des mots, questionner sans cesse son comportement et le mien.
En tant qu’adulte face à un enfant, Alfred m’a demandé de lui poser des limites, de
le frustrer parfois (chose que je déteste faire et que j’ai vraiment dû apprendre) tout
en restant à son écoute.

En tant que personne, ce petit être, coincé dans un corps trop étroit, m’a proposé
d’aller aussi à ma rencontre, d’apprendre à identifier et verbaliser mes ressentis,
aussi infimes soit-il, afin de prendre soin d’un lien qui s’est instauré entre nous.
 
Elena a travaillé avec nous durant ses études de psychothérapeute durant l’année scolaire
2017-2018. Le prénom de l’enfant a été changé.

Laissez nous un petit mots doux =)



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